Les Heures de la vierge

L’Annonciation
pour l’office des matines, au milieu de la nuit

L’ange Gabriel vient annoncer à Marie que Dieu l’a choisie pour donner naissance à son fils qu’elle devra appeler Jésus.

Marie accepte et rend ainsi possible l’incarnation du Christ. Gabriel pointe le doigt vers la Colombe, symbole de l’Esprit saint qui vient à Marie.
La scène se tient dans une architecture somptueuse  influencée par les nouveautés de la Renaissance italienne (plafond à caissons, colonnes cannelées…), même si la perspective n’est pas conçue selon une méthode géométriquement exacte.
Une belle harmonie naît de la douceur du style de Colombe et du traitement de la scène avec seulement trois couleurs : le bleu, le blanc et l’or.

Les Heures de la vierge

La Visitation
pour l’office des laudes, à l’aurore

La Vierge enceinte est accompagnée de Joseph et d’une servante. Elle se rend chez sa cousine Élisabeth, enceinte elle aussi.

Au salut de Marie, l’enfant que porte Élisabeth, le futur Jean Baptiste, trésaille de joie. Élisabeth comprend quel prodige est en train de s’accomplir et bénit Marie. Elle proclame la première la divinité de l’Enfant à venir.

La scène se déroule dans un vaste paysage où domine la silhouette d’un château seigneurial entouré de douves. Le petit geste de Joseph soulevant son chapeau pour saluer Élisabeth ancre la scène dans le quotidien.

Les Heures de la vierge

La Nativité 
pour l’office de prime, à la première heure du jour

Tandis que Marie et Joseph sont en prières devant l’Enfant nu dans son berceau de paille, les bergers alertés par un ange sont arrivés à Bethléem.

Ils observent la scène derrière un écran d’osier comme on en voyait à l’époque dans les jardins pour délimiter les parcelles.  Ainsi les plus humbles sont les premiers à vénérer l’Enfant. L’étable évoque davantage la forme d’une petite chapelle, tandis que plus loin à l’arrière-plan un arbre mort aux branches en forme de croix annonce la Crucifixion.

Les Heures de la vierge

L’Annonce aux bergers
pour l’office de tierce, à la troisième heure du jour

L’ange vient annoncer aux bergers la naissance de l’Enfant. Être immatériel, l’ange est figuré en camaïeu d’or.

Le château qui occupe tout l’arrière-plan de la scène reprend la vue du palais de la Cité à Paris, telle qu’elle est représentée dans l’enluminure du mois de juin du calendrier des Très Riches Heures du duc Jean de Berry, manuscrit que Colombe terminait pour le duc de Savoie à cette époque. On distingue nettement le palais royal et la Sainte chapelle fondée par saint Louis sur la droite, avec son immense rosace.

Les Heures de la vierge

L’Adoration des Mages
pour l’office de sexte, à la sixième heure du jour

Guidés par un astre  qui leur indique la naissance du nouveau roi des Juifs, les rois Mages se mettent en route pour aller lui rendre hommage et lui offrir leurs présents : l’or, l’encens et la myrrhe.

L’or rend hommage à la royauté du Christ, l’encens à sa divinité et la myrrhe destinée à l’embaumement des corps, à sa mort sur la croix et à la Résurrection. Les Évangiles ne fournissent aucune autre précision sur l’âge, le nom ou encore ou encore l’origine des mages.

Selon la tradition perse ce sont des astrologues et non des rois comme le montrent ici leurs couronnes. Ils symbolisent la Trinité mais aussi les trois âges de l’homme.

L’étable de Bethléem est cette fois représentée en pleine ville. Marie est assise sur ce qui ressemble à un lit à baldaquin de l’époque que l’on aurait disposé à terre

Les Heures de la vierge

La Présentation au temple
pour l’office de none, à la neuvième heure du jour (puis midi)

En se conformant aux prescriptions de l’Ancien Testament qui réclame qu’un nouveau né mâle soit présenté au Temple par ses parents, Marie inscrit Jésus dans la loi juive et dans la continuité de l’Ancien Testament.

Joseph tient dans un panier les colombes qui seront sacrifiées à cette occasion. Le vieux Siméon reconnaît en Jésus le fils de Dieu qu’il appelait de ses vœux.

La scène se situe dans une église gothique dont l’espace est traité de manière incertaine. Les fenestrages derrière Siméon et les belles arcades jumelées d’une nef sont traités comme les architectures de pierre, tandis que les colonnes dorées ornées d’angelots (une spécialité de Jean Colombe) donnent à l’ensemble un air presque irréel de grandeur et de faste.

Les Heures de la vierge

La Fuite en Égypte
pour l’office des vêpres, avant la tombée de la nuit

Le roi Hérode ayant ordonné de faire périr tous les enfants mâles de moins de deux ans pour être certain de se débarrasser de Jésus, l’ange apparaît à Joseph pour l’enjoindre à partir pour l’Égypte avec sa famille.

Nous les voyons au premier plan avec Marie sur un âne, alors que Joseph marche devant, un baluchon sur l’épaule. Dans le paysage, structuré par deux montagnes se faisant face, se déroule en arrière-plan la scène du Massacre des Innocents représentée avec aisance et précision malgré son tout petit format. Le charme de la jeune servante à la silhouette sinueuse vient contredire la brutalité de cet épisode.

Les Heures de la vierge

Le Couronnement de la Vierge
pour l’office des complies, avant le coucher

Contrairement aux scènes précédentes tirées des Évangiles, Le Couronnement de la Vierge est issu d’un passage du Cantique des Cantiques.  

 Il s’agit de l’un des livres de l’Ancien Testament où l’Époux, assimilé au Christ, couronne l’Épouse, dans laquelle les pères de l’Église ont vu la Vierge et/ou l’Église. Ce thème résulte de l’extraordinaire développement du culte marial au Moyen Âge.

Les vastes paysages sont abandonnés au profit d’un cadrage au plus près de Marie et du Christ, placés sous de somptueux dais aux pinacles gothiques acérés, ne laissant entre eux que les anges pour témoins.