Contrairement aux autres caravagesques français de Rome, Valentin de Boulogne qui reçut d'importantes commandes, Simon Vouet qui fut prince de l'Académie de Saint-Luc, Nicolas Régnier qui fit carrière à Venise également, Nicolas Tournier n'a pas laissé de traces hormis la mention de son lieu de résidence. En revanche, le corpus que l'on associe à ce séjour est abondant et ambitieux. Il développe un sens poétique personnel fait de silence et d'attitudes figées. En même temps, il éprouve des difficultés certaines à concevoir des compositions complexes et à rendre le mouvement et les actions dynamiques. Son thème de prédilection est le Reniement de saint Pierre qu'il traite à de nombreuses reprises. Certains de ses tableaux romains comptent parmi ses plus belles réalisations : on peut citer la Scène de banquet (Saint Louis, Art Museum), le Christ et les enfants ou Sinite parvulos (Rome, Galleria Corsini) et le Flûtiste (Brescia, Pinacoteca Tosio Martinengo), bel exemple de ces mezze figure (demi-figures) que Tournier affectionnait.
A partir de 1619, l'artiste devient un peintre indépendant et s'affranchit par rapport à Manfredi pour se rapprocher progressivement de Valentin de Boulogne. S'il semble peu probable que Tournier ait été l'élève de ce dernier (ils avaient le même âge), ils se côtoyaient - les artistes français habitant le même quartier romain - et Valentin a certainement influencé Tournier. Même si les deux personnalités sont très dissemblables - la tension à fleur de peau des personnages du premier (cf. la Judith du musée des Augustins) s'opposant à la mélancolie lunaire des modèles du second - il paraît aujourd'hui évident que Tournier avait besoin, après Manfredi, d'un inventeur de compositions, et c'est le rôle qu'a sans doute joué Valentin auprès de lui.
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