Les premières uvres connues de Nicolas Tournier témoignent de son adoption de la Manfrediana Methodus. Tirée du nom du peintre italien Bartolomeo Manfredi (1582-1622), disciple de Caravage, cette expression - employée pour la première fois par le peintre et écrivain Joachim von Sandrart en 1675 - définit la reprise par Manfredi de thèmes traités par Caravage et leur traduction dans des représentations simplifiées et standardisées transmises à des peintres français et néerlandais présents à Rome à cette époque. L'un de ces prototypes les plus célèbres est la Vocation de saint Matthieu de Caravage à l'église Saint-Louis-des-Français de Rome, tableau d'une modernité exceptionnelle que Manfredi et ses disciples ont transformé en scène d'auberge anecdotique peuplée de bohémiennes, de soldatesque et de jeunes gens de bonne famille qui s'encanaillent.
Le rôle de passeur de Bartolomeo Manfredi (cf. le Reniement de saint Pierre de Brunswick), qui semble avoir connu Caravage vers 1605-1606, auprès des peintres arrivés à Rome après 1610, est essentiel. La manière radicale de Caravage n'aurait pu être comprise sans cette médiation. Le mot de méthode est trompeur, la Manfrediana Methodus est plutôt une mode artistique qui fit fureur et donna des tableaux splendides avant de s'éteindre après 1630, dix ans après la disparition de Manfredi.
Certaines uvres de Tournier (Le Corps de garde) sont parfois si proches de celles de Manfredi, qu'il est bien difficile d'être catégorique sur leur auteur.
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