La technique employée par Tournier ne s'explique guère par l'enseignement de ses maîtres. L'apprentissage de base dans l'atelier d'André Tournier, son père, n'a guère laissé de traces. Le cas de Manfredi est symptomatique : élève de Pomarancio puis de Caravage, le peintre est resté fidèle à la manière de son premier maître et a adopté une technique relativement traditionnelle à base de dessins préparatoires. Nicolas Tournier est, en revanche, un peintre typiquement caravagesque. L'analyse technique de ses tableaux montre qu'il peignait directement sur sa préparation d'un geste large, comme le révèle le cliché sous fluorescence UV du Soldat.
Il ne pratiquait pas d'incision pour préparer ses contours comme Caravage. On a néanmoins pu constater qu'il passait deux fois sur les contours des figures (voir par exemple le cliché infrarouge du Christ porté au tombeau). Le nombre important de repentirs s'explique par cette approche très directe du métier. Lorsqu'il peignait sur un motif sous-jacent, il n'interposait pas de préparation intermédiaire entre la composition ancienne et la nouvelle mais peignait directement, ce qui ne manquait pas de le gêner. L'analyse en laboratoire de ses pigments prouve qu'il avait adopté un type de préparation ocre typiquement italienne de préférence à la préparation nordique crayeuse pratiquée dans la France de l'Est. De manière générale, la technique de Tournier est plus efficace que subtile et tout son uvre témoigne d'un refus de la virtuosité pure.
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