Le mystère des natures mortes
Né dans une famille aisée de Pithiviers vers 1610, Lubin Baugin semble se former dans l'entourage des peintres de Fontainebleau avant de gagner Paris vers 1628-1629. On s'accorde désormais sur le fait que les natures mortes qui l'ont rendu si célèbre remontent à sa jeunesse. N'ayant pas fait son apprentissage chez un maître parisien, Baugin ne pouvait entrer dans la confrérie des peintres de cette ville. À l'instar d'autres provinciaux et d'étrangers, flamands pour la plupart, il s'installe alors rue du Coeur-Volant, dans l'enclos de Saint-Germain-des-Prés. Cet espace jouissait d'un privilège permettant aux peintres d'y travailler et de vendre leur production notamment destinée au décors des demeures privées. Le hasard des déménagements et des successions explique qu'une grande partie des oeuvres acquises a disparu. Ainsi, seules quatre natures mortes de Lubin Baugin nous sont parvenues auxquelles il faut ajouter la Nature morte au couteau, dite aussi "au plat en étain" et "à la miche de pain" qui n'est pas une attribution sûre. Sa production dut être interrompue par son voyage en Italie.
Si les tableaux nordiques l'inspirent, les natures mortes de Lubin Baugin le distinguent pourtant. Elles séduisent d'emblée dans ce que l'on saisit de la rigueur savante et subtile de leur construction.
Celle qui semble être la première en date, la Nature morte à la coupe d'abricots est proche des compositions de Louise Moillon dont le musée des Augustins conserve trois tableaux.
Dans la Nature morte à l'échiquier ce sont les strictes lignes noires et blanches de l'échiquier qui s'opposent à la rondeur de la mandore. Le Dessert aux gaufrettes offre, lui, des accords de couleurs inédits entre le jaune et le bleu, et s'accompagne d'un accord de formes aussi original entre les volumes primaires du verre et de la fiasque et le jeu des cylindres croisés du plat de gaufrettes. Le rapprochement de ces natures mortes avec les oeuvres plus tardives nous laisse penser que ce sens de la perfection est vraiment la marque de l'artiste. Si son expérience italienne l'a fait changer de registre, l'esprit de Baugin reste, qui comme celui de Zurbarán - le grand maître du Siècle d'Or espagnol - fait toujours passer l'effet plastique avant le sujet.
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