Artiste maniériste ou pionnier du classicisme parisien ?
Les natures mortes, exécutées avant son voyage romain et qui restent atypiques, frappent par leur dépouillement, la richesse austère de leur composition ainsi que par les implications métaphysiques que l'on s'est plu à y découvrir. Quant au reste de son oeuvre, plus que le concept de "maître de la réalité" devenu inopérant, c'est autour des notions de maniérisme et d'atticisme que l'on peut le situer : maniériste car le peintre retient les leçons de composition et des caractéristiques formelles (coloris, canon des figures) des décors de Fontainebleau et de certains artistes italiens du XVIe siècle, atticiste car il fait figure de pionnier du classicisme parisien, en s'inspirant notamment de Raphaël, en créant des compositions calmes et dépouillées d'où tout pathos semble exclu.
Le Christ au tombeau d'Orléans en est sans doute la toile la plus emblématique : "Après tant de descentes de croix dramatiques, (...) la solitude du cadavre. Un fond gris et vague où se distingue à peine la diagonale implacable du tombeau entrouvert. Personne que deux angelots immobiles dans leur tristesse, et contemplant le grand corps entièrement nu, à demi-allongé. Ce cadavre est très beau: aucune marque du supplice, aucune trace de sang. (...) Nul, peut-être, mieux que Baugin n'a dit l'essentiel avec tant de simplicité et tant de douceur" (Jacques Thuillier).
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