Lubin Baugin, une redécouverte de l'histoire de l'art
André Félibien, le principal représentant de la doctrine académique à la fin du XVIIe siècle, est largement responsable de l'oubli dont a souffert l'artiste. En 1688, dans ses Entretiens, il l'accuse dans un texte laconique et un peu désinvolte de "suivre certaines pratiques de peindre qui ne sont point naturelles" et "c'est pour cela que Lubin Baugin ne peut être mis au nombre des excellents Peintres", suivant en cela le mépris de son époque pour une peinture gracieuse, issue des courants maniéristes. Au XVIIIe siècle, c'est le grand amateur et collectionneur Mariette qui entache pour longtemps la réputation de Baugin en le rattachant
un peu rapidement au grand peintre bolonais Guido Reni et en le surnommant "le Petit Guide". Suit un très long silence. Ce ne sont pas seulement les artistes "maudits" - tel Georges de La Tour - mais des peintres, estimés de leur temps à Paris, qui sont oubliés. Ce n'est qu'en 1934, lors de la célèbre exposition des Peintres de la réalité consacrée à la vie silencieuse dans la peinture française du XVIIe siècle, que Georges de La Tour, les frères Le Nain et les natures mortes de Lubin Baugin sont remis à l'honneur. Mais on s'interroge alors sur la possible existence de deux Baugin, un peintre de natures mortes et un peintre religieux.
Une exposition au musée des Beaux-Arts d'Orléans en 1958, Artistes orléanais du XVIIe siècle, permet pour la première fois de confronter les deux genres.
Mais c'est surtout l'article mémorable de Jacques Thuillier en 1963 dans L'il, qui réhabilite enfin l'oeuvre religieux.
Ce dernier n'a cessé depuis de travailler à la redécouverte de l'artiste. Laissons-lui donc la conclusion de ces péripéties : "La meilleure chance que Baugin puisse promptement retrouver l'estime dont il jouissait auprès de ses contemporains (...) c'est que Pascal
Quignard, en 1991, dans un très délicat récit intitulé Tous les matins du monde, ait introduit le peintre des natures mortes en contrepoint du musicien Marin Marais, et que le metteur en scène Alain Corneau, dans le film qui suivit, ait un instant ressuscité sur l'écran ce Monsieur Baugin dont la plupart des spectateurs n'avaient jamais entendu le nom".
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