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La peinture d'histoire fut bien entendu liée à l'État, par le biais de la commande et du mécénat. Mais ce lien est aussi le résultat d'une proximité faite d'enjeux idéologiques. Cette peinture dispense de façon plus ou moins explicite une représentation de la nation, du pouvoir, des valeurs de la nation ; elle fabrique ainsi les emblèmes et les répertoires d'images qui contribuent à fonder une société. La période qui marque en France les débuts de la Troisième République s'accompagne du développement de cette peinture ; servant d'illustration au nouveau régime, elle remplit en ce sens une fonction sociale, abandonnée par les élites aristocratiques et princières d'Ancien Régime.
Introduit dans le circuit de la reconnaissance officielle, républicain convaincu, Jean-Paul Laurens obtient plusieurs grands chantiers de décoration monumentale. Il débute en réalisant pour la municipalité de Paris un Saint Bruno refusant les offrandes de Roger, Comte de Calabre (1874) destiné à l'église de Saint-Nicolas-des-Champs. Il exécute ensuite sa première oeuvre murale pour le palais de la Légion d'honneur (1874-1876), représentant la fondation de l'oeuvre par Bonaparte. Enfin, il reçoit de l'administration des Beaux-arts une commande s'intégrant au projet de décoration du Panthéon : c'est le fameux ensemble consacré dans l'abside à la mort et aux funérailles de sainte Geneviève (1882), alors que Puvis de Chavannes traite le reste du cycle dans la nef. La qualité de la composition et sa maîtrise des contraintes du cadre mural établissent durablement la réputation de l'artiste pour ce genre d'exécution. Les chantiers vont ensuite se succéder. À Paris, il couvre un plafond de coupole au théâtre de l'Odéon (1887-1888) et prend part au programme de décoration de l'hôtel de ville, en réalisant les cinq panneaux du salon Lobau (1889-1903) consacrés à des épisodes mémorables de l'histoire de la capitale. À Toulouse, il obtient une bonne part du vaste décor prévu à l'hôtel de ville du Capitole (1892-1902) dans la salle des Illustres, avec trois décorations latérales à la détrempe dont La Muraille et un plafond, puis dans le Grand escalier (1900-1915). Enfin, il faut encore y ajouter un triptyque sur la vie de Jeanne d'Arc exécuté pour l'hôtel de ville de Tours (1899-1903), deux panneaux muraux pour la préfecture de la Loire (1901-1904) et le plafond du théâtre municipal de Castres (1902-1908). Avec ce vaste ensemble, Laurens laisse un témoignage patrimonial considérable et c'est encore dans ces bâtiments publics qu'il faut aller contempler nombre de ses oeuvres. Mais passé le tournant du siècle, ses liens avec l'État se distendent et l'artiste ne bénéficie plus de commandes importantes. Si son prestige reste intact, l'évolution du goût et des modes artistiques le laisse à l'écart des projets ordonnés par les pouvoirs publics.
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