Parmi les historiens du XIXe siècle, Jean-Paul Laurens apparaît surtout sensible à l'influence de ceux dits " du Réveil ", c'est-à-dire de cette période romantique empreinte d'enthousiasme, de goût du drame et d'esprit libéral. Si, pour reprendre le propos d'Augustin Thierry, il est alors admis que c'est " la vérité de la couleur locale qui doit être le propre de l'histoire ", le même souci se retrouve d'une autre façon dans les travaux du peintre.
Sa manière semble parfois donner un équivalent pictural de la formule de Jules Michelet : " l'histoire est résurrection ", résurrection palpitante et tangible du passé. Laurens reste de ceux reconnus pour avoir su l'exhumer avec le plus de force (Saint Jean Chrysostome et l'impératrice Eudoxie. Pareillement anticlérical, Michelet a d'ailleurs, le premier, cherché à réhabiliter les victimes de l'église, notamment ces Albigeois traités dans plusieurs tableaux.
On peut aussi supposer l'influence intellectuelle indirecte d'autres historiens, parmi les plus fameux de son temps. Celle d'Ernest Renan, soucieux de rationalisme, connu pour son étude sur Les origines du christianisme (1863) où il développe une audacieuse tentative pour concilier esprit critique et esprit religieux. Peintre laïc de sujets souvent religieux, Laurens se trouve confronté à une même configuration, à une identique gageure. Celle encore de Fustel de Coulanges dont L'Histoire des institutions de l'ancienne France (1875), reprend l'analyse des invasions barbares à l'origine de cette dynastie franque si souvent illustrée par Laurens depuis La Mort de Sainte Geneviève. Montrant l'interpénétration des civilisations, il minore les influences germaniques et exalte le substrat latin de la France.
Mais l'oeuvre de Laurens a surtout partie liée avec celle de l'historien Augustin Thierry. S'il s'inspire de ses travaux sur les Normands pour composer le tableau des Funérailles de Guillaume le Conquérant (1876), il est surtout le magistral illustrateur des Récits des temps mérovingiens dans la réédition de 1887.
Au travers des rivalités des fils de Clotaire Ier, cette histoire très narrative restitue les querelles dynastiques de la lignée franque à la fin du VIe siècle. Les quarante-deux compositions illustrent avec une très grande fidélité et beaucoup d'invention graphique les passages les plus marquants d'un texte devenu l'un des classiques de la littérature historique du siècle.
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