Portraits d'apparat
En 1869, Carolus-Duran expose au Salon Portrait de Mme *** ou La Dame au Gant, portrait de sa femme qui obtient un grand succès et est couronné par une médaille très convoitée car elle permettait au lauréat de ne plus avoir à soumettre ses oeuvres au jury. Toutes les caractéristiques de l'oeuvre future de Carolus-Duran, portraitiste de la femme, sont réunies dans ce chef-d'oeuvre. Commence pour l'artiste une période faste, Carolus-Duran s'impose d'emblée comme portraitiste, mais dans l'acception la plus riche et la plus noble du terme : il en décline la palette, subtilement et avec imagination. "M. Durant [sic] a pour système de dégager d'un modèle la note dominante, et d'appuyer sur cette note de façon à accentuer jusqu'à l'extrême la physionomie qu'il veut rendre. Aussi, rien d'évité, d'adouci, d'habilement dissimulé. Tout est net, absolu, franc, jusqu'à devenir brutal ; tout est voulu, et l'impression qui se dégage de cet art viril est une impression singulière de vitalité et de puissance.", dit de lui Théodore Duret. C'est sans doute là la part la plus "moderne" de l'oeuvre de Carolus.
Carolus-Duran professe à ce sujet: "La peinture n'est pas un art d'imitation, elle est un art d'interprétation. C'est la sensation qu'on éprouve des choses qu'il faut rendre et non les choses exactement. De là, la personnalité et la particularité des oeuvres", mais avant tout : "Dire le plus possible avec le moins possible, c'est à dire chercher ce qui caractérise et ne donner que cela.". C'est à la suite de ce succès que Carolus devint un portraitiste renommé et recherché.
En 1870, Carolus est mobilisé dans la Garde nationale pendant le Siège de Paris. Très marqué par cette période, il s'exile l'année suivante et obtient à Lille un passeport pour la Belgique où il réside jusqu'à la fin de l'année. Il réalisera durant cette période de nombreux portraits de notabilités bruxelloises. Le portrait de Mme Sainctelette, exposé au Salon de 1872, en est un bon exemple, qui doit plus aux modèles ingresques qu'à la peinture espagnole. A cette même époque, il peint le Portrait de la comtesse Ratazzi, née Maria-Laetitia Bonaparte-Wyse, portrait en pied qui est un modèle du genre par la magnificence des détails qui révèlent la position sociale de la comtesse Ratazzi. Dans un genre plus discret, il a peint la femme d'un notable gantois, madame Neyt. Ce portrait en buste est fort proche de ceux réalisés à Bruxelles pour une clientèle bourgeoise désireuse de posséder une oeuvre de l'artiste célébré à Paris.
Carolus-Duran, s'il est peintre des femmes du monde, a également représenté des enfants comme nous le révèle le Portrait de la princesse Marguerite de Broglie et de son cousin Robert, ou des personnalités masculines comme Augustus Coë Gurnee.
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