Le goût de la nature
Le souvenir de ses amitiés de jeunesse auquel se mêle un goût profond pour la nature ainsi qu'une recherche constante de la réalité et de la traduction objective de la chose vue est peut-être à l'origine de cette part méconnue de l'oeuvre de l'artiste. Celui-ci s'y révèle, comme ses contemporains modernistes, attentif à la subtilité des variations atmosphériques. Les marines, les scènes de plage, les paysages de neige, la forêt, l'orage, le couchant, des sites tels Ambleteuse, Fontainebleau, Trouville, l'Oise, la Savoie, ou Saint-Aygulf ont sollicité son attention. Dès 1868, il expose au Havre, en compagnie de Monet, Courbet et Manet, à l'Exposition maritime internationale où il est récompensé par une médaille d'argent.
De cette même époque datent deux oeuvres qui résultent de l'observation d'un site unique à deux moments de la journée, démarche qui sera celle de Monet pour étudier les mouvances de la lumière. Il s'agit d'un point de vue orienté à partir d'Audresselles vers Ambleteuse.
De nombreux séjours en Normandie, en Savoie à l'occasion de cures thermales, dans la région parisienne près de Fontainebleau ou dans le Midi donnent lieu à la réalisation de belles études tantôt sensibles, aérées et lumineuses, tantôt plus sombres, où Carolus peut traduire librement son sentiment de la nature, maîtresse exigeante à laquelle il ne cesse de se référer. Les toiles peintes à Trouville, datées de 1872 et 1875, contemporaines des premières expositions impressionnistes, révèlent la virtuosité de l'artiste, mise ici au service d'une thématique chère à ses contemporains modernes, Boudin ou Monet notamment.
La Femme sous l'Orage dans la Campagne donne à voir un autre aspect de la sensibilité du peintre, remarquablement énergique et éloquent. L'atmosphère, ailleurs paisible et heureuse, est ici tourmentée, presque brutale. Carolus-Duran laisse paraître dans cette oeuvre sa nature profondément expressive, étonnamment moderne.
Néanmoins, les paysages restent marginaux dans l'oeuvre de Carolus, et cet aspect de sa peinture se trouvera progressivement étouffé par le succès des portraits mondains.
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