Carolus-Duran reconsidéré
Au milieu du XXè siècle, la condamnation de Carolus-Duran est unanime. Jusqu'à la tenue de l'exposition Equivoques, au musée des Arts décoratifs de Paris en 1973. Cette exposition a pour projet de réhabiliter des peintres tels Couture, professeur de Manet, Ribot, Bonvin ou Carolus-Duran "qu'une gloire trop mercantile [a] trop hâtivement relégués à leur destin institutionnel.". La même année, Michèle Le Gal soutient une thèse à l'école du Louvre, intitulée Carolus-Duran. Sa vie, son oeuvre dessiné, pour laquelle elle mène un important travail de recension. La galerie Flavian, à Paris, organise alors une exposition de 31 peintures de Carolus qui rencontre un succès inattendu.
Cela illustre l'idée maîtresse de Michèle Le Gal : "Carolus Duran sort enfin du purgatoire. Véritable célébrité de la peinture et du tout-Paris, il est tombé dès la fin de sa vie dans un profond oubli. L'oubli rapide d'une des personnalités les plus marquantes du début de la IIIè République est peut-être la rançon de l'engouement extraordinaire du public et de la plus grande partie de la critique pour un artiste pauvre et presque autodidacte.". Parallèlement, Jean Carolus-Duran, un arrière petit-fils du peintre, et sa femme rassemblent une impressionnante documentation sur l'oeuvre et sur son retentissement dans la perspective de la publication d'un catalogue raisonné. En 1999, un mémoire de maîtrise d'histoire de l'art Carolus-Duran au Salon. Recueil de critiques, présenté par Jennifer Raynal, sous la direction de Bruno Foucart, permet une appréciation de la carrière officielle du peintre et de sa résonance auprès de ses contemporains.
La réhabilitation de Carolus-Duran s'est manifestée par son apparition durant ces dernières années dans des ouvrages d'histoire de l'art et des expositions. Les historiens de l'art américains se plaisent à rappeler qu'il fut le maître de John Singer Sargent. En 2001, La Dame au Gant (1869) est reproduite aux côtés de Mademoiselle L. (1864) de James Tissot, dans une histoire de la peinture française sous la direction de Pierre Rosenberg, et y apparaît comme une représentante des tendances les plus novatrices de l'époque. Dans l'exposition Manet-Velasquez. La Manière espagnole au XIXè siècle qui s'est tenue au musée d'Orsay en 2002-2003, Carolus-Duran est représenté par le Portrait du peintre espagnol Moreno.
Ainsi, tous les éléments étaient en place pour la tenue d'une rétrospective, et la collection du musée de Lille ayant été enrichie depuis 1986 par des dons et des acquisitions de peintures de l'artiste, cette idée d'un hommage s'impose. D'autant plus que Carolus-Duran est désormais considéré pour l'ensemble de son oeuvre, et comme un artisan de la "peinture de la réalité", selon une expression de l'historien de l'art Jacques Thuillier, vouant une attention passionnée au réel, à tout ce qui l'entoure, hors de toute idée, hors de toute transposition, un peintre dont la carrière est cohérente et originale.
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