Renouveau 

Reflets de la réception
de l'oeuvre de Carolus-Duran à travers le temps



Carolus-Duran est un des plus prolifiques peintres de portraits de la seconde moitié du XIXè siècle. C'est cette part de son oeuvre qui assure sa réputation et il est, de son vivant, la coqueluche du Tout-Paris. Mais déjà autour de 1890, la critique commence à s'essouffler, malgré ses succès de portraitiste mondain, et ses peintures recueillent nombre d'appréciations négatives. Le poète belge Emile Verhaeren relève son "mauvais goût", ses "trivialités abjectes" et le juge "tapageur et vulgaire" dans ses Ecrits sur l'art (1881-1892). En fait, la réputation de Carolus-Duran s'effondre, érodée par le temps et la gloire, dépassée par les courants artistiques modernes.

En 1903, Arsène Alexandre propose une relecture de l'oeuvre de Carolus au travers d'une exposition à la galerie Bernheim-Jeune. Il le présente comme "un indépendant, un peintre exempt de tout académisme". Il demande qu'une exposition soit organisée au musée Wicar, à Lille, car "Ce sera une occasion qu'aucun de nous ne voudra négliger de réviser ces jugement parfois trop sommaires et trop sévères chez ceux qui ne couvrent que la période [...] des peluches trop moirées et de la virtuosité, toujours étincelante mais trop souvent superficielle.".

Cela n'est pas suffisant et voici pour en juger le sentiment du peintre nabi Emile Bernard, dans ses Propos sur l'art édités l'année suivante : "Carolus Duran présente une chromo détestable ; cet homme ne sait ni voir ni dessiner.". En 1906, Carolus est jugé décadent par le critique Camille Mauclair qui ne retient que les oeuvres de l'époque de L'Assassiné, et le Portrait équestre de mademoiselle Sophie Croizette. Après la première guerre mondiale, Carolus-Duran est pratiquement oublié, malgré l'hommage posthume rendu au musée du Luxembourg en 1919, car l'actualité artistique n'est plus "à ces vestiges d'un passé devenu plus lointain par les bouleversements du conflit international.".Il ne reste de lui que le souvenir d'une personnalité brillante et d'un peintre habile, un "maître-étoffiste", comme le qualifie Gustave Coquiot, en 1924. L'avis d'Henri Focillon, dans La Peinture au XIXè siècle de 1928, est analogue, il fait du peintre une victime du "despotisme du don" dont "la main [...] court toute seule", un peintre qui donne "de l'éclat et de l'autorité à l'éclectisme". En 1943, Thadée Natanson, dans son ouvrage Peints à leur tour, ne lui reconnaît comme trait de génie que le choix de son nom "qui, dès le premier jour, a plus fait pour sa réputation que le travail du reste de sa vie". Il s'étonne toutefois de ses amitiés avec Manet et Monet, affirmant que "Carolus Duran n'a rien du XXè siècle". L'amitié liant Carolus à Manet a suscité de nombreux commentaires parfois contraires comme le montrent ces deux citations dont la rédaction est séparée d'une année seulement.

En 1875, Emile Zola écrit un compte-rendu de Salon dans Le Sémaphore de Marseille, où il juge que "Carolus-Duran est un adroit ; il rend Manet compréhensible au bourgeois, il s'en inspire seulement jusqu'à des limites connues, en l'assaisonnant au goût du public.". L'année suivante, Pierre Véron écrit dans Les Coulisses artistiques, "Carolus aime Manet, presque au point de l'admirer. [...] Cette admiration ne nous en paraît pas moins imprudente. Car les défauts de Manet ont parfois l'air de vouloir être la parodie des qualités de son admirateur.".

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